Sisters


Le projet de Sisters est né de lectures des oeuvres de Marguerite Duras et du désir de faire naître, à partir de certains traits de son écriture, une forme chorégraphique. Au départ, toutes les oeuvres ont attiré mon attention, de leur ensemble se dégage la voix de Marguerite Duras sur l'« aventure » d'exister. Ce qui était sûr, c'était mon désir de mettre l'accent sur l'implication du corps matériel pour sentir le monde environnant. Ce même corps qui nous fait sentir la temporalité et notre passage dans la vie.

Le choix s'est finalement porté et fixé sur des extraits de La Vie tranquille. Marguerite Duras, comme dans un monologue intérieur, y évoque à travers la jeune femme de vingt cinq ans :
- Le miracle d'exister, comparé aux infinies possibilités qui déterminent une naissance.
- La responsabilité de cette vie qui nous incombe, dictée par l'échéance de la mort.
- La méconnaissance de soi et une certaine perte d'identité face aux évènements d'une vie.

Le contenu de ces extraits et leur universalité m'a amenée à penser que malgré la jeunesse de l'oeuvre, La Vie Tranquille recèle toute la teneur des oeuvres postérieures. Elle nous fait part de la peur du changement (transformation / révolution) et l'impossibilité de s'y soustraire pour engager ce qui s'appelle la Vie.

Six femmes en tout donc, au physique différent, mais qui échangent leur rôle, se mettent dans la peau les unes des autres, glissent d'un personnage vers un autre. Perdues et éperdues, elles semblent toujours en décalage avec le monde, tout à la fois absentes et au coeur des choses. Entre elles, une intelligence commune. Un outil commun : le corps. De l'écriture de Marguerite Duras à la danse il y a ce lien charnel. De même que l'écriture accompagne Marguerite Duras tout au long de sa vie, ces femmes traversent les différents âges. De la jeune fille adolescente à la femme mûre, elles ont 15 ans, 20 ans, 30 ans, 40 ans, puis 60. Toutes sont en quelque sorte Marguerite Duras.

Kataline Patkaï